dimanche 18 août 2013

Aux Hommes

Evidemment que tous les hommes ne détestent pas les femmes. Mais tous les hommes doivent savoir qu’ils bénéficient du sexisme.

Laurie Penny

Le livre connu sous le nom de Millenium, ou encore « The girl with the dragon tattoo » a pour titre original, dans sa version suédoise ; «Les hommes qui n'aimaient pas les femmes » ; un titre qui va faire mal.



Ces derniers mois, il a été pratiquement impossible d’ouvrir un journal ou d’allumer la télévision (en Angleterre) sans tomber sur une histoire de filles mineures violées, de femmes politiques harcelées, d’une femme transgenre assassinée. Mais alors que des femmes, des filles et des hommes alliés commencent à dénoncer le sexisme et l’injustice, une chose étrange se produit et certaines personnes se plaignent du fait que parler de ces préjudices est en soi un préjudice. 

De nos jours, avant de parler de misogynie, on attend de plus en plus des femmes qu’elles modifient leur langage afin de ne pas heurter les sentiments des hommes. Ne dites pas « les hommes oppriment les femmes » - c’est du sexisme, aussi mauvais que le sexisme que doivent endurer les femmes, peut-être pire. Dites plutôt « certains hommes oppriment les femmes ». Quoi qu’il en soit, ne généralisez pas. Ça c’est ce que font les hommes. Pas tous les hommes, juste quelques hommes…

Ce type de chamailleries sémantiques est un moyen très efficace de réduire les femmes au silence. Après tout, l’essentiel de l’éducation des grandes filles a été d’apprendre à mettre les sentiments des autres en priorité des leurs. Nous ne devons pas dire ce que nous pensons s’il existe la possibilité de blesser quelqu’un, ou pire, de le mettre en colère. Donc nous aménageons ce que nous disons avec des excuses, des mises en garde et des paroles apaisantes.  Nous rassurons nos amis et nos proches sur le fait qu’ « ils ne font pas partie de ces hommes qui détestent les femmes ».

Ce que nous ne disons pas c’est ; bien sûr que tous les hommes ne détestent pas les femmes. Mais puisque notre culture déteste les femmes, les hommes qui grandissent dans cette culture sexiste ont tendance à dire et à faire des choses sexistes, souvent sans s’en rendre compte. Nous ne vous jugeons pas pour ce que vous êtes mais cela ne signifie pas que nous ne vous demandons pas de changer vos comportements. Ce que vous ressentez pour les femmes est moins important dans ce cas-ci que la façon dont vous vous comportez quotidiennement avec elles.

Vous pouvez être l’homme le plus courtois et gentil du monde et quand même profiter du sexisme. C’est comme ça que fonctionne l’oppression. Des centaines de personnes, qui sont en fait des gens biens, se laissent convaincre de perpétrer un système injuste parce que c’est plus peinard comme ça. Lorsque quelqu’un réclame un changement de ce système injuste, la réaction appropriée est d’écouter plutôt que de vous mettre à hurler, comme un enfant, que ce n’est pas votre faute. Et ce n’est pas votre faute. Je suis certaine que vous êtes adorable. Mais ça ne veut pas dire que vous n’avez pas une part de responsabilité dans tout ça.

Sans invoquer des bêtes stéréotypes à propos des capacités « multitâches », nous devrions être d’accord sur le fait que c’est parfaitement possible pour l’esprit humain de gérer plus d’une idée à la fois. Le cerveau est un organe volumineux et complexe, avec la taille d’un horrible choux, et on y trouve bien de la place pour d’innombrables épisodes parmi les pires séries télévisées, ou pour tous les numéros de téléphone des ex-copines que vous n’aviez pas réellement l’intention d’appeler après la sixième vodka. Si vous étiez incapables de gérer de grandes idées structurelles en même temps que des petites pensées personnelles, nous ne serions jamais descendus des arbres pour construire des villes et des complexes cinématographiques. Il ne doit pas être impossible, par conséquent, d'expliquer à l'homme moyen que vous êtes, homme individuel vaquant à ses occupations quotidiennes, que vous pouvez très bien ne pas haïr les femmes et quand même  les blesser en tant qu'homme faisant partie du groupe masculin. Je ne crois pas que la majorité des hommes soient trop bêtes pour comprendre cette distinction, et s’ils le sont, il faut vraiment mettre toutes nos forces pour les empêcher de continuer à gérer un quelconque gouvernement. 

D’une certaine manière, il reste difficile de parler du sexisme aux hommes sans se confronter à un mur défensif qui se transforme vite en hostilité, voire en violence. La colère est une réponse tout à fait appropriée quand on apprend qu’on est impliqué dans un système qui opprime les femmes – mais la solution n’est pas de tourner cette colère contre les femmes. La solution n’est pas de clore le débat en nous accusant de « sexisme inversé », comme si ça allait quelque part équilibrer le problème et vous permettre de ne plus vous sentir mal à l’aise.

Le sexisme doit vous mettre mal à l’aise. C’est douloureux et rageant d’être aussi favorisé par les attaques misogynes et c’est aussi pénible de voir que ça se passe et qu’on est impliqué, même si on ne l’a pas choisi. Vous êtes censés réagir lorsque vous apprenez que le groupe auquel vous appartenez est en train de profiter activement d’êtres humains, de la même manière que vous êtes censés bouger voter jambe quand un médecin tape sur votre genou. Si ça ne bouge pas, c’est que quelque chose cloche sérieusement.


Dire que « tous les hommes sont impliqués dans la culture du sexisme » - tous les hommes, pas seulement quelques hommes – sonne comme une accusation. En réalité, c’est un défi. Vous, homme individuel, avec vos propres rêves et désirs, n’avez pas demandé à naître dans un monde où le fait d’être un garçon vous donne des avantages sociaux et sexuels sur les filles. Vous ne voulez pas vivre dans un monde où les petites filles se font violer pour ensuite s’entendre dire par un tribunal qu’elles l’ont provoqué ; où les femmes sont mal payées et pas payées ; où on les accuse d’être des putes ou des trainées parce qu’elles demandent l’égalité sexuelle. Vous n’avez rien choisi dans tout ça. Mais ce que vous pouvez choisir dès à présent, c’est ce qui se passera ensuite.

En tant qu’homme, vous pouvez choisir de contribuer à construire une monde plus juste pour les femmes – et de fait pour les hommes. Vous pouvez choisir de combattre la misogynie et la violence sexuelle où que vous les rencontriez. Vous pouvez choisir de prendre des risques et de mettre de l’énergie dans la défense des femmes, pour les soutenir, les aider à avancer et les traiter en égales. Vous pouvez choisir de tenir bon et de dire non, et chaque jour, des hommes et des garçons font ce choix. La question c’est ; serez-vous l’un d’eux ?

Source : NewStatesman
traduction pour www.sexismesagauche.blogspot.be - rr2012

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