jeudi 16 mai 2013

Gauche grecque, violence sexuelle et fascisme



Tous ceux qui lisent ce blog (ndt : « http://www.2ndcouncilhouse.co.uk »), et en particulier les nouvelles provenant de Grèce, savent que c’est une période très difficile. Le voile démocratique qui cache un gouvernement autoritaire et despotique est en train de s’étioler et la montée d’un parti ouvertement fasciste, dont la violence se combine dans la rue et au parlement, créent un environnement dangereux pour les militants de gauche. Dans ces conditions, il serait tentant d’aplanir les questions internes dans les organisations de gauche afin de se sentir unis dans l’intérêt d’une contestation du problème extérieur. Mais faire cela reviendrait à ne pas tenir compte du lien entre les choses ; la montée de Chryssi Avgi (l’Aube dorée) ne vient pas de nulle part, elle s’inscrit dans une régression de l’idéologie sociale dans la société grecque, qui passait plus inaperçue avant la crise et sur laquelle le gouvernement grec a capitalisé.

Bien que l’Aube dorée soit surtout associée aux attaques violentes contre les immigrés et les minorités religieuses, les radicaux et les gays ont, eux aussi, subit de violentes attaques fascistes, car le fascisme est une idéologie qui va au-delà du seul racisme et vise à instaurer une structure de pouvoir kyriarchique (système dont la loi est celle édictée par les dominants). C’est pourquoi le fascisme n’est pas seulement raciste, il est aussi profondément misogyne, ce qu’on constate en observant les comportements à l’intérieur de l’Aube dorée. Peu après l’élection des fascistes de l’Aube Dorée au parlement grec, le viol d’un enfant albanais a été déclaré comme « consensuel » par le violeur et la famille de la victime a subit des menaces de la part d’autres membres du parti. En même temps, il est apparu qu’un des élus de l’AD est copropriétaire d’une maison de passe où les chambres sont louées à l’heure pour que des hommes puissent tranquillement abuser de femmes, avec tout le confort. 

La violence du gouvernement s’exprime non seulement de manière visible, avec le lancement de bombes lacrymogènes dans les rues, mais aussi de manière plus discrète, avec le passage à tabac de militants dans les postes de police. Cette violence veut adresser aux militants un message ; que la dissidence ne sera pas tolérée. Elle doit être considérée dans le contexte d’un pays qui a encore vivant à l’esprit le souvenir de la dictature militaire.  A l’époque de la Junte grecque, la torture faisait partie intégrante du régime ; des centaines de personnes détenues dans les camps ont été torturées sexuellement et violées. Maintenant que la torture recommence, nous retrouvons ses applications sexuelles. Deux militantes antifascistes qui ont été torturées en septembre 2012 ont fait état des violences et des insultes sexuelles qu’elles ont subi.


Révolution sexuelle ?

Lorsque la nouvelle gauche des années 60 a adopté la révolution sexuelle, beaucoup de femmes radicales se sont retrouvées réduites à l’état de « fucktoys » (jouets sexuels) par les hommes révolutionnaires, qui ont adopté la nouvelle tendance d’ « amour libre » sans considérations pour les conséquences en termes de santé et de bien-être émotionnel pour les camarades femmes. Là où, précédemment, le consentement à l’activité sexuel était octroyé sans limites ou contraintes par la signature d’un contrat nuptial, la nouvelle violence sexuelle s’est imposée avec derrière une façade « révolutionnaire » qui en a fait un comportement acceptable.

La deuxième vague de féminisme des années 70 s’est caractérisée par le slogan « ce qui est personnel est politique », qui soulignait que la position subordonnée des femmes dans la société n’était pas uniquement déterminée par la place de la femme dans les domaines sociaux et économiques mais aussi par leur place dans la sphère privée. Frustrées par leur expérience à l’intérieur de la gauche traditionnelle, les femmes ont construit des organisations féministes autonomes, qui se sont penchées sur la question des relations intimes, des droits reproductifs, du rôle de la violence sexuelle et de la façon dont ces éléments s’entremêlent à la place économique et sociale des femmes dans la société. 

Par contre, le mouvement pour les droits des femmes de la fin des années 70 en Grèce, qui était né après la Junte de 1974, était dominé par des organisations de femmes en lien avec les principaux partis de gauche. Les trois organisations principales, KGD (Democratic Womens Movement – Mouvement démocratique des femmes), EGE (Union of Greek Women – Union des femmes grecques) et OGE (Federation of Greek Women – fédération des femmes grecques), étaient  respectivement liées avec les eurocommunistes, le PASOK et le KKE. Ces organisations ont toutes choisies de travailler en priorité sur le rôle des femmes dans les sphères publiques et dans le monde du travail. Avec une participation majoritaire de femmes qui étaient membres de ces partis, ces organisations de femmes avaient un énorme pouvoir de mobilisation, bien que leur activité était partiellement freinée par le fait qu’elles se situaient résolument à l’intérieur de la gauche établie, plutôt que dans le nouveau mouvement féministe. Ce n’est qu’au début des années 80 qu’un embryon de mouvement féministe autonome a émergé en Grèce, mais comme, parallèlement ailleurs, la Seconde Vague féministe a commencé à décliner, la domination de l’analyse « économique et de classe » est revenue.

Lorsqu’on observe les effets de la crise sur les femmes, on ressent l’urgent besoin d’organisations féministes – en témoignent l’augmentation des violences sexuelles et domestiques ainsi que d’une industrie du sexe de plus en plus violente. Pourtant, la gauche grecque a de sérieux manquements à cet égard, avec des discours d’apologie du viol, de minimisation et même d’évocation du viol dans ses rangs.

Féministes ou pas ; il faut choisir

Ces derniers mois, la controverse a fait rage autour du SWP (une des principales organisations d’extrême gauche britannique) dont le comité central a essayé de couvrir un des dirigeants qui avait perpétré des violences sexuelles. Pendant ce temps, le SEK, section grecque de leur internationale, l’a accueilli dans le cadre d’une activité antifasciste. N’y voyant apparemment aucune ironie, ils ont fièrement publié une photo du violeur s’adressant au public. Un des principaux représentants de Syriza, un avocat qui est en train de défendre un homme arrêté pour avoir perpétré quatre viols, a continuellement reporté le procès en prétendant être trop occupé, ce qui a prolongé le calvaire des victimes et lui a attiré la condamnation des femmes de son parti.

Pendant ce temps certains antifascistes grecs ont inventé de merveilleux slogans prônant le viol anal comme moyen de répression contre les fascistes. Et dans le langage des activistes de gauche radicale, les appellations de « putes » sont souvent utilisées pour désigner les politiciens et les journalistes qui détournent de l’argent, créant ainsi une attitude de sympathie pour les prédateurs sexuels et une hostilité contre leurs victimes.

Une des formes les plus visibles de la violence sexuelle à Athènes est l’énorme et prospère industrie du sexe qu’elle abrite. Les enfants ayant faim, les femmes sont poussées dans l’industrie du sexe par la pauvreté ou le trafic, et il ne semble pas y avoir de limites au nombre d’hommes prêts à mettre quelques euros pour abuser d’une femme sexuellement. Y compris, et je peux le confirmer par mes propres observations en tant que personne vivant à côté d’une maison de passe, des hommes que j’identifie à gauche et que je retrouve dans les meetings de gauche. Il n’y a rien de plus navrant que de revenir d’une rencontre de gauche radicale et de voir des personnes, que j’aurais avant appelé mes camarades, entrer dans des petites maisons à néon pour abuser de femmes, en singeant le comportement et les exploits dont l’aile droite et l’Aube dorée se vante.

Lorsqu’une femme Russe, qui a été abusée sexuellement, a découvert avoir le sida en avril dernier, il n’y a eu aucune tentative pour retrouver l’homme qui l’avait infectée. Au contraire, les autorités grecques ont publié la photo de la femme et ses données personnelles sur le site de la police grecque, qui a ensuite rassemblé beaucoup d'autres femmes victimes de violences sexuelles qui ont été forcées de faire un test - seize autres ont été identifiées comme séropositives et placées en détention préventive pour «lésions corporelles intentionnelles». Leurs noms, leurs adresses et leurs photos ont aussi été publiées. Plus d’une centaine d’hommes ont contacté un numéro d’appel destiné aux violeurs qui craignaient d’être infectés et aucune action n’a été engagée contre un seul d’entre eux ; ils ont par contre été traité avec compassion et ont bénéficié d’une assistance médicale. Chaque nuit à Athènes, des femmes se font attraper dans les rues par des hommes armés qui les chargent dans la voiture et les emmènent au poste de police où elles sont accusées de se rendre disponible pour des abus sexuels. Et pendant ce temps, en dehors des petits groupes féministes autonomes, la réponse de la gauche grecque à ces outrages reste le silence.

A l’heure où les femmes se lèvent de par le monde ; en Egypte pour se libérer du harcèlement sexuel, en Inde pour la liberté de se déplacer sans subir des violences sexuelles, en Irlande pour le contrôle de leurs droits reproductifs, dans le monde entier pour la sécurité et l’intégrité physique ; il faut mettre un terme à la situation des femmes grecques et stopper les actions de ces misogynes, soi-disant de gauche, qui présentent des violeurs dans leurs meetings et se serrent les coudes lorsque l’un d’eux viole une femme.

Un million de femmes sont en train de se lever et il est temps que la gauche grecque, non seulement arrête de faire partie du problème, mais surtout commence à travailler activement avec les femmes et à rejoindre le combat contre la misogynie qui sert de support au fascisme et aux idéologies autoritaires.




Source : http://www.2ndcouncilhouse.co.uk/blog/2013/02/14/sexual-violence-and-the-greek-left/
Traduction pour http://sexismesagauche.blogspot.be/

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